Tiers payant, Le Dr Marty, président de l’UFML, poursuit le combat !

Publié le 20 / 5 / 2015
Écrit par Bertrand Legrand

Photo du Dr Marty Jérôme président de l'UFMLL’UFML et la CSMF furent les premiers soutiens de l’observatoire du tiers payant. La généralisation du tiers payant votée, le combat s’arrête-t-il ? L’Observatoire interroge le Dr Jérôme Marty Président de l’UFML.

Quelle est la position de l’UFML quant au tiers payant généralisé obligatoire (TPGO) ?


Jérôme Marty : 
Flux unique ou pas, solution technique ou pas, L'UFML refusera le TPGO , la raison en est simple: nous ne voulons pas que la médecine dépende du financeur, nous ne voulons pas que la médecine soit orientée par d'autres intérêts que le soin.
 

Soyons concret, en quoi le tiers payant obligatoire généralisé soumettrait le médecin à des objectifs comptables ?


Jérôme Marty :
Un exemple concret : certaines structures syndicales prônent 2 euros d'augmentation pour le C en MG, que voit on immédiatement: la proposition du CISS que si augmentation il y a celle-ci soit assortie de respect d'indicateurs (prescriptions d'antibiotiques). 
 
Le financeur aura, avec le TPGO, tout loisir de veiller au respect des indicateurs et moduler selon ceux-là, ses délais ou ses pénalités de paiement (légale puisque liées à des indicateurs). Le médecin sera prisonnier d'une activité dirigée.
 

Est-ce que la maîtrise comptable se limitera à des objectifs de « Santé » définit par le financeur et donc indirectement par les assurés ?


Jérôme Marty :
Non, c’est plus grave , des critères économiques purs pourront guider la définition de la pratique, laissée à l'état par l'article 1 de la loi de santé "l'état est responsable de la politique de santé" 'l'état définit un droit à la santé".  La loi donne désormais le droit à l'état de définir, les pratiques, les installations d'exercices comme d'établissement et "la répartition homogène de l'offre".
Ainsi si le tiers payant est l'outil d'application de la réforme, l'article 1 en est la pierre philosophale!
 

Les médecins resteront-ils libres de ne pas appliquer le dictat d’objectifs qui ne seraient pas dans l’intérêt du patient ?


Jérôme Marty :
Le tiers payant permettra également en cas de dépassement de l'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie (ODAM), de moduler les remboursements ou de faire flotter les valeurs des lettres clés.
Il permettra, par la rémunération forfaitaire sans cesse plus importante , à l'état de désengager l'assurance maladie progressivement et de façon indolore. Sur l'exemple de la rémunération forfaitaire des Personnes agées de plus de 80 ans , dont l'enveloppe est à l'UNOCAM. L'état rendra progressivement la profession médicale à remboursement sécurité sociale minoritaire, ouvrant de fait les réseaux de soins à la médecine.
 
Les médecins, que le TPGO soit à flux unique ou pas, seront donc dépendant du financeur quelqu'il soit et du politique.
Le TPGO, outil d'application de la loi, est donc aussi  l'arme  qui tuera l'indépendance des pratiques.
Le TPGO, flux unique ou pas, mettra fin également à la liberté de soigner et d'être soigné!
 

Pourtant, le tiers payant est la solution de l’hôpital pour permettre l’accès aux urgences des hôpitaux…


Jérôme Marty :
Marisol Touraine explique à l'envi qu'il faut désengorger les urgences par la mise en place de la gratuité des soins , reconnaissant implicitement que les patients Français se rendent aux urgences aussi parce que c'est gratuit! Comment ce raisonnement valable pour les urgences pourrait-il ne pas l'être pour les cabinets de villes et donc induire une surconsommation?
La surconsommation entraîne la sortie de l'ONDAM et amène donc aux lettres clefs flottantes...OU...Quota d'actes les années suivantes...
Les quotas d'actes nécessitent la répartition territoriale des patients et l'on en revient à l'article 1 de la loi de santé qui donne la responsabilité aux ARS de la "répartition territoriale homogène de l'offre" !
 

Avec la généralisation du tiers payant obligatoire, les patients devront suivre une carte sanitaire… Je sens que je vais prendre des vacances et réduire mon temps de travail ! ;-) La loi Touraine, ce n’est pas la fin du système de soin à la Française ?


Jérôme Marty :
Les médecins
sous TPGO, flux unique ou pas , auront donc perdu leur indépendance, leurs pratiques seront  imposées par l'état (article1) et orientées par le financeur (assurance maladie ou plus grave les complémentaires santé au sein de réseaux de soin ) , ils seront potentiellement les outils d'application d'une médecine low cost, officier de santé aux ordres d'autres intérêts que le soin, ils auront perdu leur liberté d'installation, verront leur patientèle imposée par les ARS, leur exercice surveillé à chaque prescription, les patients auront eux perdu leur liberté de choix, au sein d'un système où les soins seront a terme dépendants de leur niveau de revenu ou de la hauteur de leur contrat de mutuelle.
Nous serons sortis du système de santé à la Française, basée sur un système solidaire , le paiement à l'acte sur l'indépendance des pratiques et la liberté de soigner dans le cadre d'une politique de santé évaluée par l'état,  sur la liberté d'installation et la liberté de choix de son médecin. 
Voilà pourquoi nous appelons les médecins et leurs représentants à ne pas tomber dans le piège du flux unique et des fausses garanties du TPGO, voilà pourquoi, depuis l'annonce dans la Stratégie Nationale de Santé du TPG , l'UFML est contre le TPGO et pour le TPG social .
 

Merci Jerome Marty, pour cet entretien qui remet en perspective les raisons de l’obstination de Marisol Touraine à imposer une généralisation du tiers payant obligatoire.

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Commentaires

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Dandeville

21 / 5 / 2015

Marty a tout compris

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